Je tiendrai pour acquis quelques points que je ne puis approfondir, le plus essentiel étant le postulat de l’interprétabilité du rêve, où la parole associative du rêveur réveillé joue le premier et finalement l’ultime rôle. Mais l’interprétabilité suppose-t-elle que le rêve ait un sens ou celui-ci émane-t-il tout entier de l’après-coup d’un rêve revisité ? Si l’on veut échapper aux mantiques les plus arbitraires, il faut bien que la matérialité du rêve oppose résistance à l’interprétation. Au rêve énigmatique est-il possible de faire dire absolument n’importe quoi, ou ce qui m’est venu en rêve (la formule allemande est encore plus frappante : Es träumte mir…) me détermine- t-il dans mon dire ? Il faut tenir cette position, sans tomber pour autant dans une ontologie du rêve, très justement critiquée par R. Gori sous un titre provocant « Le rêve n’existe pas », où il prête une oreille bienveillante à certaines objections qu’adresse Wittgenstein à la théorie freudienne du rêve (Gori, Hoffmann, 1999, p. 251 et suiv.). Le rêve n’existant en analyse que par son récit, il s’offrirait aux jeux de la rhétorique et de la séduction persuasive. Donc pas de « rêve en soi » mais toujours déjà pris dans une « clinique sous transfert ». Je partage évidemment cette clinique mais je n’en conclurais pas qu’une métapsychologie du rêve dût se dissoudre dans une métapsychologie du transfert. Voilà sans doute un point de controverse qu’il me faut ici quelque peu défendre. Or, ce sont précisément les attaques contemporaines contre la théorie freudienne du rêve qui, forçant celle-ci à se préciser, voire même à s’élaguer, pourraient stimuler une métapsychologie irréductible à la seule interprétation sous transfert.

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