Vouloir absolutiser quelque chose comme une pensée du non-identique – de la même façon qu’une pensée de la différence – comporte le risque de faire retomber dans une nouvelle forme de pensée d’identité, qui s’ignore, une forme de prima philosophia, où le concept de non-identique ne ferait que remplacer le concept d’identité. Une philosophie de la non-identité est-elle possible dans ces conditions ? Dans ce texte, je donne des éléments de réponse à cette question en analysant comment surgit la thématique du « non-identique » dans la philosophie d’Adorno, en particulier dans les trois conférences données au Collège de France, en 1961, et dans l’ouvrage Negative Dialektik, qui en développe la teneur. Je rappelle le point de départ et l’orientation politique de ces textes, à savoir la polémique avec Martin Heidegger et le national-socialisme, puis je précise l’usage qui y est fait de ce concept paradoxal de « non-identique », qui n’est peut-être justement pas un concept. Ensuite, je fais quelques remarques concernant la discussion autour de l’esthétique, de la normativité de la critique avant de conclure sur la question du pessimisme inhérent à la Théorie critique.

https://journals.openedition.org/trajectoires/3792