Depuis la Révolution française, l’idée de bonheur a partie liée avec celle de liberté, comme dans la philosophie antique la recherche du bonheur accompagnait celle de la sagesse. De quête individuelle impliquant la contemplation autant que la conduite d’une « juste vie », elle est passée au rang de revendication collective. Le peuple, nouvel acteur, osait dire qu’il était malheureux et demandait des comptes à son monarque. « Que l’Europe apprenne que vous ne voulez plus un malheureux ni un oppresseur sur le territoire français ; que cet exemple fructifie sur la terre ; qu’il y propage l’amour des vertus et le bonheur ! Le bonheur est une idée neuve en Europe », s’écriait Saint-Just devant la Convention. L’idée du bonheur comme droit vient du Nouveau Monde, où elle est inscrite dans la Constitution. Dans l’Europe des Lumières qui s’affranchit de la religion, c’est sur une scène et de la bouche d’un libertin, Don Giovanni, que retentit publiquement le cri de « Viva la liberta ! » Les Révolutionnaires et les pères de la Constitution américaine ont mis au programme le bonheur pour tous. Au fur et à mesure qu’elle se démocratisait, l’idée de bonheur se démonétisait sur le plan philosophique. Hegel parle des pages blanches qu’écrit l’histoire, Nietzsche, du « tic-tac du petit bonheur ».

https://www.cairn.info/revue-savoirs-et-cliniques-2011-1-page-106.htm