Dans cet article, nous discuterons l’une des apories de la pensée néoplatonicienne, à savoir celle qui concerne la relation problématique entre les deux aspects du principe premier : cause absolue de la réalité, le principe doit être à la fois transcendant à la réalité qu’il engendre.

Le problème surgit de la source doctrinale la plus profonde du néoplatonisme, à savoir de l’idée énoncée par Platon dans la République, 509 b 9, concernant l’existence du bien qui confère l’être, mais qui n’est pas lui-même de l’ordre de l’être, mais au-delà de l’être. Cette affirmation est dès le début très problématique. La question qui se pose est : quel est le sens du terme «au-delà» (epekeina), quel est le sens de l’antériorité du bien par rapport à l’être? Car on peut comprendre cela de deux manières: soit le bien est au-delà de l’être parce qu’il est celui qui confère l’être, donc, dans un sens causal ; soit le bien est au-delà de l’être dans le sens où lui-même n’est pas un être, mais doit se soustraire à l’être. Dans ce deuxième cas, l’antériorité a le sens radical d’une transcendance absolue. Dans le néoplatonisme, le principe premier reprendra les deux caractéristiques, les deux sens de «l’au-delà»: aussi bien le sens relatif, de la causalité, que celui absolu, de la transcendance. Toutefois, il n’est pas aisé d’admettre en même temps la causalité et la transcendance : la causalité présuppose une relation du principe par rapport à ceux qui le suivent, un rapport de cause-effet ; en revanche, la transcendance comprise absolument présuppose l’absence de toute relation entre le principe et les choses après le principe. Un principe transcendant ne peut pas être inclus dans une série ou dans un ordre commun avec les choses qu’il transcende ; en revanche, la causalité introduit un tel ordre, ou une telle sorte de sérialité.

https://www.academia.edu/9660450/Transcendance_et_causalité_Proclus_sur_le_principe_premier