Diderot ne fut sans doute jamais un sceptique et on chercherait en vain dans son œuvre l’exploitation des « lieux communs » sceptiques ou des provocations pyrrhoniennes. Sans ambiguïté, le scepticisme est rejeté comme foncièrement alogique, comme le montre la fin de l’article PYRRHONIENNE ou SCEPTIQUE PHILOSOPHIE. Quels que soient les motifs d’incertitude rencontrés dans la plupart des questions, rien ne justifie qu’on aille jusqu’à adopter un scepticisme de système. Il existe en effet un risque à passer du scepticisme de bonne foi, présenté avec faveur dans les Pensées philosophiques (XXX et XXXI), à un scepticisme radical et sans limite. Il est vrai, concède Diderot, qu’on peut rationnellement étendre le doute aux principes évidents, aux concepts et aux valeurs les plus simples (comme la distinction du vrai et du faux, du bien et du mal, du vice et de la vertu, etc.). Il est vrai qu’il est toujours possible de remonter « de discussions en discussions» à quelque chose d’inconnu, et à partir de là, dénoncer l’ignorance, l’obscurité ou l’incertitude du savoir. Mais Diderot oppose à ce jeu dialectique la reconnaissance de la finitude et de la limitation de notre pouvoir de connaître, conséquence du grand principe qui pose que puisque tout est lié dans la nature, il n’y a donc rien que nous puissions connaître parfaitement, c’est-à-dire exhaustivement. Le sceptique outré est donc quelqu’un qui, aux yeux de Diderot, demande à l’homme une performance au-dessus de sa nature et qui, par sa demande de tout démontrer, s’exclut de toute expérience commune, de tout discours universalisable, de toute discussion. Diderot conclut en disant que des arguments des sceptiques il n’y a pas à disputer et qu’il faut s’astreindre à une sobriété dans l’usage de la raison.

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