L’un des concepts les plus remarquables développés par Heidegger est celui d’onto-théologie. Selon ce concept, la métaphysique possède une “constitution” : son essence détermine son histoire conformément à sa structure. – Celle-ci est-elle universelle, sans exception, infalsifiable ? – Remarquons d’abord qu’il n’est pas sûr, pour une théorie, qu’être infalsifiable soit une qualité. Si elle prétendait tout expliquer, cette formule risquerait d’être aussi indémontrable et totalitaire que l’interprétation psychanalytique ou marxiste de l’existence – qui ont d’ailleurs, curieusement, connu à la même époque un succès comparable dans le monde francophone. Le concept d’ontothéologie est-il donc une critique conceptuelle, ou l’indice d’un soupçon généralisé portant sur tout discours métaphysique ? Est-il destiné à dépasser une crise de la philosophie première, ou à la mettre en cause au nom d’une détermination antérieure et anonyme ?

Je souhaite ici tester cette hypothèse générale sur les diverses métaphysiques qui se sont déployées concrètement dans l’histoire, et notamment sur la pensée médiévale, où s’enracine le concept moderne de métaphysique. – Mais ici, la question se complique du fait que Heidegger, philosophe-historien, a aussi interprété des métaphysiques précises. Pour le Moyen Age, pensons essentiellement à l’œuvre de Thomas d’Aquin, à celle de Scot, et d’Eckhart. Trouve-t-on une confirmation ou une esquisse du concept d’onto-théo-logie dans l’interprétation heideggérienne de leurs métaphysiques ?

https://www.cairn.info/revue-le-philosophoire-1999-3-page-27.htm