Traditionnellement, on présente ensemble l’Apologie de Socrate, le Criton et le Phédon – souvent précédés de l’Euthyphron, où Socrate interroge le prêtre éponyme sur le thème de la piété, le jour même où il apprend l’accusation d’impiété portée contre lui. L’Apologie reproduit le discours de défense qu’aurait produit Socrate au cours de son procès ; le Criton se déroule un mois après, dans la cellule de Socrate, la veille de l’exécution de la sentence, quand on annonce le retour du navire envoyé vers Délos, pour commémorer la victoire de Thésée sur le Minotaure, pendant le voyage duquel toute peine était suspendue. Quant au Phédon, il relate les propos de Socrate au dernier jour de sa vie et sa mort parmi ses disciples.

Pourtant, ces trois dialogues ne se ressemblent pas parce qu’ils n’ont pas été écrits à la même époque et n’appartiennent pas aux mêmes groupes d’œuvres, de telle sorte que leur rédaction obéit à des intentions toutes différentes. L’Apologie et le Criton font partie des premiers dialogues, dits socratiques, quand Platon est encore proche de son maître : l’Apologie date vraisemblablement des années 396-395, trois ans après la mort de Socrate (399), et le Criton lui est postérieur de peu. Le Phédon fait partie du second groupe de dialogues, composés après 390 et même 385, c’est-à-dire à une époque où Platon construit sa propre pensée. Ainsi on y trouve les thèmes qui s’affirment comme platoniciens, objets de discussion au sein de l’Académie : les théories des Idées, de la réminiscence, de l’âme, l’esquisse de la méthode dialectique, des réflexions mathématiques, cosmologiques et éthiques.

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