Sinon de manière incidente, le nom de Spinoza n’apparaît pas dans Controverse, le « dialogue sur la politique et la philosophie de notre temps » entre Alain Badiou et Jean-Claude Milner. Mais à la lecture du Sage trompeur, un passage de Controverse revient à notre esprit et prend, après coup, tout son sens. Dans le post-scriptum du dialogue avec Badiou, Jean-Claude Milner écrivait : « je réserve le terme antisémitisme aux formes anciennes et le terme antijudaïsme aux formes nouvelles. L’antijudaïsme nouveau est devenu un marqueur de la liberté d’esprit et de la liberté politique. Après 1945, aucun marqueur antijuif ne pouvait être un marqueur de liberté ; tous étaient au contraire des marqueurs de servitude. C’est le moment sartrien. Il est clos. Aujourd’hui, les marqueurs antijuifs sont devenus compatibles avec les marqueurs de la liberté politique et/ou philosophique ; ils tendent même à en devenir une condition nécessaire. Le nouvel antijuif méprise les antisémites de type ancien ; il se rêve amoureux des libertés et des libérations et, en tant que nouveau venu, il a besoin d’éducateurs ». Ce que ne dit pas alors Milner, c’est que ce temps contemporain de l’antijudaïsme nouveau, c’est, à ses yeux, le moment spinoziste et que Spinoza en est le nouvel éducateur. Le Sage trompeur va faire de Spinoza cet « éducateur », maître des libertés et des libérations rêvées, qui enseigne, de fait, la « persécution parfaite » et l’effacement du nom juif, c’est-à-dire les « solutions » les plus radicales afin de mettre fin à la « haine » que l’existence même des Juifs a engendrée au cours de l’histoire…

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