On présentera ici un commentaire de l’étude que Charles Renouvier (1815-1903) consacre à la représentation dans le premier des Essais de critique générale. On partira ici de la seconde édition du Premier Essai où Renouvier précise et amplifie son analyse1. L’histoire de la philosophie range habituellement Renouvier parmi les représentants du néo-criticisme français, dénomination commode qui simplifie les choses. On songera quand même au paradoxe qui consiste à intégrer au criticisme une pensée qui en rejette une grande partie, comme l’atteste la Critique de la doctrine de Kant (1906), ouvrage de Renouvier qui concentre la plupart de ses griefs à l’encontre du fondateur de la philosophie critique. Les thèses principales de Renouvier suffisent à marquer la différence radicale qui le distingue de Kant, notamment le finitisme qui le conduit à rejeter les antithèses cosmologiques de l’Antinomie de la raison pure et le phénoménisme qui consiste à nier l’existence des choses en soi. Pourtant, comme Kant, Renouvier est passé par une phase particulière de sa pensée, où il croit possible une connaissance de l’être. Le finitisme n’est pas premier dans la pensée de Renouvier, comme le montre son évolution intellectuelle qui l’a conduit de l’ontologisme à la pensée critique. Le passage à l’idéalisme critique va de pair chez Renouvier avec la transformation de la représentation en fondement du savoir théorique. Le choix de la représentation par Renouvier a ainsi pour but de conjurer le péril de ce qu’il appelle « l’idologie »2 ou le « fétichisme », en d’autres termes la résurrection du réalisme ontologique3. On laissera de côté la systématique de Renouvier qui consiste dans le travail laborieux de refonte de la table des catégories kantienne, pour se concentrer sur l’analyse de la représentation.

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