Classiquement, un universel est ce qui peut être « dit de plusieurs », en vertu de la possession d’une même caractéristique par divers particuliers concrets. L’équinité peut être dite des chevaux ; le rouge peut être dit des fraises, des cerises, des baies ou d’autres choses ainsi colorées. Le réalisme des universaux soutient que de telles propriétés « partagées » sont à admettre dans l’ontologie. Elles expliqueraient les ressemblances existant entre certains de ces particuliers, leur appartenance à des espèces ou leurs interactions causales. Cette conception s’appuie sur la description scientifique du monde : l’électronicité peut être dite d’un certain nombre d’entités isolées au sein d’un dispositif technique ; la structure chimique de l’eau est une combinaison entre un atome d’oxygène et deux atomes d’hydrogène, identique dans toute molécule d’eau. La présence d’universaux réels expliquerait alors le caractère répétable de ces occurrences. Cette idée pose toutefois un ensemble de difficultés touchant la nature des propriétés, leur rapport aux particuliers, l’explication des lois de la nature et la structure du monde. Comprendre comment quelque chose d’unifié et d’identique à soi-même peut être littéralement présent dans des pluralités de particuliers distincts n’est pas aisé. Concevoir des universaux transcendants est aussi problématique, tout comme la relation qu’il faut supposer entre un universel et un particulier. Le réalisme des universaux affronte diverses formes contemporaines de nominalisme, dont les plus fameuses n’acceptent l’existence que de particuliers concrets sans propriétés, ou, au contraire, de tropes (des propriétés intrinsèquement particulières), voire tentent de s’en tenir aux seules ressemblances entre particuliers. Les théories des universaux ont des vertus explicatives mais aussi un coût ontologique, et ces traits sont à mettre constamment en balance avec ceux de toute théorie qui chercherait à rendre compte du réel en se passant de propriétés répétables.

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