Au début de la Lettre sur les aveugles, Diderot raconte qu’ayant été empêché par Réaumur d’assister à l’opération de la cataracte pratiquée sur la « fille de Simoneau » par un oculiste prussien, il a rendu visite avec quelques amis à un aveugle demeurant dans la ville de Puiseaux en Gâtinais. L’enjeu de sa démarche, on le sait, est de comprendre comment les aveugles — et de manière générale tous les hommes — acquièrent des idées : en questionnant un « aveugle de bon sens », on apprendrait «comment les choses se passent en lui ; on les comparerait avec la manière dont elles se passent en nous ; et l’on tirerait peut-être de cette comparaison, la solution des difficultés qui rendent la théorie de la vision et des sens si embarrassée et si incertaine » (p. 54). La méthode comparative que Diderot prétend appliquer dans son procédé expérimental reflète l’empirisme et son refus des systèmes spéculatifs abstraits : au lieu de se perdre dans les méandres de la métaphysique, il essaie de comprendre comment vivent et pensent les aveugles.

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