C’est sans doute parce qu’il parle de l’amour tout du long, parce que, comportant plusieurs discours, il est très varié ; et enfin sans doute à cause d’une sorte d’aveu amoureux d’Alcibiade, pris de vin et de franchise, très vivant et drôle, que le Banquet est probablement le plus populaire des dialogues de Platon. Le discours d’Aristophane, un mythe en bonne forme, est un joyau qui a inspiré la littérature amoureuse fusionnelle jusqu’à présent : comment de deux moitiés l’amour fait un. Le discours de Socrate-Diotime, lui, donne une touche mystique et contemplative.

Cela ne veut vraiment pas dire que ce dialogue soit facile à interpréter, loin s’en faut.

Longtemps, m’avait frappé une sorte d’évidence : chacun des banqueteurs, réunis pour parler d’amour, livrait sa représentation singulière de l’amour ; et le lecteur livré à la perspective de l’éclatement des propos devenait mélancolique. Autant de têtes, autant de points de vue sur l’amour : comme si Phèdre, Eryximaque, Agathon…  se retrouvaient, en un sens, « seuls », à discourir, au moment même où il était question du lien affectif le plus fort, entre deux êtres au moins. Cet éventail de conceptions de l’amour est bien là. Mais est-ce si important ?

Y a-t-il un lien, voire une progression entre les exposés ? Ou sont-ils singuliers et distincts ?

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