Sans entrer dans le détail et compte tenu de la différence des problèmes existentiels qui préoccupent Spinoza et Rousseau, un lecteur même superficiel est frappé par la similitude des arguments qu’ils invoquent l’un et l’autre dans leur critique des religions révélées.

Tous les deux contestent l’autorité des livres sacrés, l’authenticité des témoignages des prophètes et, enfin, la prétention des Eglises de nous imposer des credo incompatibles avec l’usage naturel de notre entendement.

Les deux philosophes se refusent de confondre le cérémonial avec la vraie religion, le culte extérieur avec le culte intérieur fondé, selon Spinoza, sur la connaissance adéquate s’effectuant selon les seules lois de notre entendement, et, selon Rousseau, sur le bon usage de nos facultés, bon usage de la raison guidée par les aspirations de la conscience.

De même, malgré la différence de leur origine éthnique et religieuse, et sans manifester aucune préférence pour les Eglises chrétiennes, les deux philosophes reconnaissent les liens de parenté de leur propre pensée religieuse avec la religion de l’Evangile, dans la mesure où elle est axée évidemment, non sur des « signes et des miracles », mais sur la parole du Christ, parole universelle d’amour, qui s’adresse à tous les hommes.

Mais c’est surtout dans la façon dont ils posent et tâchent de résoudre le problème des rapports de la religion et de la politique, que les convergences sont les plus frappantes…

https://www.persee.fr/doc/rhpr_0035-2403_1970_num_50_1_3999