Depuis l’ouvrage de Tönnies, il est courant d’opposer la société et la communauté comme deux types d’organisation sociale bien différenciées : dans un cas on a les liens du sang, comme dans la famille, ou les liens spirituels, comme dans une Église ; dans l’autre on a des liens essentiellement médiatisés par l’intérêt personnel, le contrat. La pensée moderne ne dispose pas d’un concept général qui englobe ces différents types de société, afin de penser la continuité entre ces deux opposés. C’est l’inverse dans la pensée grecque, où par exemple chez Aristote, la philia permet d’englober les relations fondées sur le plaisir, l’utilité et les liens civiques. Le nominalisme, l’individualisme juridique et l’utilitarisme ont abouti en effet à mettre l’intérêt de l’individu au premier plan, ce qui oblige à penser toute relation sociale à autrui comme le produit d’une association volontaire, avec en arrière-plan la distinction entre la nature et l’artifice. La famille est une vie en commun subie par l’enfant, la société au sens propre est une vie choisie, où la coexistence des libertés ne vient pas d’une autorité naturelle, mais d’une délégation du pouvoir, dont la forme principielle est le contrat. D’ailleurs, le terme latin de societas renvoie à une catégorie juridique précise, une association volontaire de partenaires (socii), en vue par exemple d’un gain.

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