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L’imaginaire et la généalogie de la raison. Le rêve et l’existence, de Ludwig Binswanger


Dans ses réflexions sur l’herméneutique, Paul Ricœur a montré que le symbole se tient à l’intersection d’une archéologie et d’une téléologie du sens.

Le symbole est archéologique. Bien qu’il appartienne, en tant que signe, à l’ordre du langage, il est aussi retenu dans un ordre qui résiste à l’expression linguistique. La psychanalyse freudienne a désigné cet ordre comme celui du pulsionnel. Le symbole est à la croisée de la pulsion et de la culture. Le désir humain est inséparable de la parole, mais il est aussi inséparable des effets de distorsion (Enstellung) opérés dans la parole par le processus primaire. C’est pourquoi aussi les concepts fondamentaux de la psychanalyse ont un statut épistémologique mixte : ils sont à la frontière du bios et du logos, d’une énergétique et d’une herméneutique.

Mais le symbole est aussi téléologique. Expression à double sens ou à sens multiples, qui donne et dérobe le sens indivisiblement, le symbole appelle, comme son contrepoint, une récollection de ce multiple et un découvrement du latent, qui relèvent de l’interprétation. L’interprétation s’inscrit ainsi dans le ‘geste’ du symbole, qui est le mouvement de la vie vers la parole, elle accomplit, achève l’intentionnalité du symbole, en recueillant un sens inchoatif opérant dans l’obscurité de la vie et en l’accompagnant vers la création d’un sens universellement communicable. L’interprétation serait ainsi un acte de la raison, mais d’une raison en genèse, qui sait que la téléologie de l’esprit ne s’accomplit que par le détour —jamais achevé— d’une archéologie de l’esprit, elle serait l’acte d’une raison qui se crée dans une reprise constante du fond obscur de la rationalité, qui en appelle « de la raison déjà constituée et dans laquelle s’enferment les “hommes cultivés” à une raison qui embrasserait ses propres origines ».

Cet ordre dont le symbole témoigne, qui se tourne vers le langage et en même temps s’y dérobe, relève certainement, comme le pensait Freud, d’une énergétique ou d’une topique, mais il relève aussi d’une topologie de l’existence, dont Ludwig Binswanger a esquissé les structures dans deux textes du début des années 30. Cette étude se propose de les présenter.

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La réalisation de soi dans l’art: une lecture daseinsanalytique de Solness le Constructeur

Commentant une pièce intitulée Solness le constructeur, le psychiatre suisse L. Binswanger prend pour thème la réalisation de soi ainsi que le sérieux, la véracité, le refus des demi-mesures, que, selon Ibsen, la réalisation de soi exige.
L’opération de la forme artistique, la Gestaltung, est un des chemins fondamentaux de la véracité et de la réalisation de soi.
L’art est une Gestaltung et ouvre la voie d’une réalisation de soi pour autant que s’y croisent l’horizontalité – la direction de sens de l’expérience et de l’amplification de soi -, et la verticalité – la direction de sens de l’amour et de l’ascension ; il y a Gestaltung là où une re-prise véritable du passé dans le présent ouvre un avenir, là où hauteur et profondeur communiquent, là où se composent et se nouent l’éternité du beau et la patience du travail de l’œuvre.
Mais l’art ne peut ainsi ouvrir la voie d’une réalisation de soi qu’en s’approchant au plus près, en faisant l’épreuve de l’ennemi intime qui le menace – de l’intérieur. Cette menace, Binswanger l’appelle présomption . La présomption survient au moment où la proportion se rompt entre l’horizontal et le vertical, l’ample et le haut, au moment où la hauteur devient une sorte d’abîme qui attire et emporte celui qui monte, jusqu’au point où il s’effondre dans le vide. La passion de la forme pure peut en venir à oublier la vie.
L’art est une voie de la réalisation de soi pour autant qu’il sait être, non une négation, mais une catharsis de la vie.