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Philosophie et morale – Eléments d’éthique contemporaine
La leçon de philosophie n°1, La moraleA propos de la morale, on se croit parfois bien inspiré de se tourner vers la philosophie. Pourtant les hommes n’ont pas attendu les philosophes pour vivre et peut-être agir moralement. Que peut donc en dire la philosophie si elle ne peut avoir la prétention d’inventer la morale ? Même, la philosophie n’est-elle pas nuisible à la morale commune ? On peut se demander ainsi avec le philosophe Bernard Williams si la philosophie morale ne perturbe pas nos évaluations éthiques, si les catégories de la théorie morale (comme les concepts d’obligation, de devoir, de bien, de bon) ne sont pas trop étroits pour comprendre et décrire nos pratiques, si la théorie ne travestit pas la vie morale telle qu’elle se pratique et se réfléchit dans ses concepts « épais » (thick) comme fidélité, courage, etc.. Il y a une épaisseur, une variété, une richesse de la vie morale que l’étroitesse (thin) des concepts de la philosophie morale est amenée à négliger ou à trahir.
Questions sur la loi de nature
Locke, Textes anglaisUn manuscrit composé à 31 ans est-il une œuvre de jeunesse ? À une époque où un Henry Purcell mourait à peine plus vieux, avec une œuvre musicale conséquente, la question peut se poser ! Mais quand l’œuvre principale de notre auteur (la seule reconnue de son vivant) est publiée presque trente ans plus tard seulement, il faut accorder à ce manuscrit une précocité… relative.
L’ouvrage dont je parle est resté longtemps dans les manuscrits de Locke. Il a été rédigé vraisemblablement vers 1663, alors que son livre principal, l’Essai sur l’entendement humain, a été publié en 1689-1690. Un éditeur lui a donné le nom d’Essais sur la Loi de Nature, et un autre l’a intitulé Questions sur la Loi de Nature, et la prochaine édition scientifique a prévu de l’appeler Disputes sur la Loi de Nature, signe d’un désaccord sur la fonction du texte : ces notes sont-elles destinées à préparer un livre ou à préparer un cours sur une question controversée, selon les bonnes vieilles méthodes scolastiques de la dispute ? Il est vraisemblable qu’il s’agit de notes de cours ; mais l’autre interprétation, la préparation du livre, se justifie quand on voit que la plus grande partie du travail intellectuel de Locke au long de son existence tournera autour de la question « de jeunesse », reprise, corrigée, distanciée. Si une œuvre de jeunesse est celle qui pose la question initiale retrouvée au long du cheminement intellectuel de toute une existence, les Questions sur la Loi de Nature sont bien une œuvre de jeunesse.
Quelques observations sur l’écriture de John Locke et quelques clés pour la lecture
Locke, Textes anglaisChacun a intérêt à lire les auteurs dans leur langue autant que faire se peut et, bien sûr, Locke ne fait pas exception. Le texte de l’Essay… n’est certes pas d’une difficulté insurmontable bien qu’il puisse effrayer, voire rebuter un lecteur qui ne serait pas versé dans la langue anglaise. Locke, d’une manière générale, présente au lecteur étranger des problèmes supplémentaires que l’on peut ranger dans trois catégories. Il écrit une langue que l’on peut qualifier, non pas d’ancienne, puisque l’Essay…a été publié en 1690, mais de « vieillotte ». Sans ressembler à une langue inconnue, à une autre langue que l’anglais appris au lycée, l’anglais de cette époque nous confronte à quelques archaïsmes, rapidement maîtrisés et, en général, plus propres à perturber le lecteur moderne qu’à le démoraliser complètement. Plus difficile est la question de la langue philosophique. Notre auteur traite, en effet, de problèmes ardus et le lecteur – qu’il soit étranger ou qu’il soit anglais, d’ailleurs – doit parfois s’arrêter pour vérifier qu’il suit bien la conceptualisation en cours, car il s’agit souvent bien de cela et toute imprécision dans l’élaboration des concepts ou des définitions serait sanctionnée ultérieurement par l’incompréhension du raisonnement.
Critique de la faculté de juger. Commentaire
Agrégation externe, Kant, La vie. Agrégation externe 2027Commencée en juin 1787, parue à la foire de Pâques de 1790, la Cr. de la faculté de juger – qui connaîtra 3 éditions du vivant de l’auteur ( A : 1790, B : 1793, C : 1799, ainsi que 3 rééditions, c’est dire le succès (2ème éd. de A en 1792, 2ème éd. de B en 1794, 3ème éd. de B en 1797) – est l’œuvre de près de trois ans de travail. Les retards successifs que prit Kant dans sa rédaction ne s’expliquent qu’en partie par un surcroît d’occupations (rectorat, décanat) et les atteintes non négligeables de l’âge (Kant aura 66 ans en 1790). Le projet s’est largement modifié en cours de route. Nous négligeons délibérément l’histoire mouvementée et mal connue de la rédaction de cette œuvre. Il y a d’évidentes tensions dans ce texte qui tiennent à une succession de remaniements et à une évolution dans la pensée. Nous essayons de la lire comme si elle était d’un seul jet et taisons les incertitudes de sa composition ainsi que de la pensée kantienne. Kant n’avait initialement en tête que le simple projet d’une Critique du goût (correspondant à l’exposition des jugements de goût et leur déduction). C’est en cours de route qu’il insère l’Analytique du sublime d’une part et qu’il découvre la notion de jugement réfléchissant d’autre part. L’insertion de l’Analytique du sublime s’est faite péniblement entre l’exposition des jugements de goût et leur déduction. La partie téléologique de l’œuvre ne faisait pas partie du projet initial.
Le vivant
La vie. Agrégation externe 2027, Le vivantQuelle est la pertinence philosophique de la question du vivant ? Deux positions extrêmes peuvent ici être tenues.
On peut considérer que la philosophie n’a pas compétence pour parler du vivant : l’étude du vivant relève des sciences biologiques (anatomie, physiologie, botanique, écologie, biologie cellulaire…). Plus simplement, le vivant est l’objet de la biologie . « Le vivant » est un concept moderne, pour désigner « l’être vivant » ou le règne des êtres vivants. Sans doute la philosophie a-t-elle toujours parlé de la vie. Mais précisément le vivant n’est pas la vie. La rupture épistémologique des sciences biologiques a constitué à se donner le vivant pour objet en écartant la réflexion sur la vie jugée désormais trop métaphysique. La vie passe pour l’asile de l’ignorance : du moins elle donne lieu à une philosophie non scientifique : le vitalisme (ou ce qui peut lui être apparenté). Il s’agit de comprendre les mécanismes du vivant sans spéculer sur la vie en soi. La vie doit être étudiée dans le vivant et non le vivant déduit de l’idée de vie…
L’usage régulateur de l’idée de finalité dans la biologie contemporaine
Agrégation externe, La science, La vie. Agrégation externe 2027, Le vivantEn choisissant de traiter de l’usage régulateur de l’idée de finalité dans la biologie contemporaine, je m’inscris dans une perspective kantienne, perspective que tracent principalement deux textes : l’Appendice à la Dialectique transcendantale dans la Critique de la raison pure, et la seconde partie de la Critique de la faculté de juger.
Cette inscription kantienne de la problématique impose de se demander dans quelle mesure la biologie peut encore habiter, deux siècles après la troisième Critique, cet espace ouvert par Kant à la réflexion sur le vivant. Cela implique deux questions :
1. Le développement des sciences de la vie a-t-il confirmé ou infirmé le célèbre pronostic formulé au § 75 de la Critique de la faculté de juger ?
2. La biologie contemporaine a-t-elle quelque chose à faire, d’un point de vue heuristique, de l’idée de finalité ?
Par « biologie contemporaine », j’entends la biologie après 1859, date de publication de L’origine des espèces de Darwin. On pourrait me reprocher de m’installer dans un cercle en ne faisant exister mon objet : la biologie, qu’à partir du moment où elle adopte un paradigme intégralement mécaniste, et récuse – avec l’idée de sélection naturelle – tout recours à l’idée de finalité. Je réponds simplement que ce n’est pas moi qui choisis. C’est la biologie elle-même qui annonce 1859 comme la date charnière de la grande révolution, L’origine des espèces définissant le cadre à l’intérieur duquel les biologistes eux-mêmes déclarent pouvoir unifier l’ensemble des connaissances biologiques.
Je me contenterai de décrire la situation qui me semble être au-jourd’hui celle de la biologie vis-à-vis de la finalité, et m’abstiendrai de tout jugement sur le bien-fondé des méthodes utilisées par les biologistes, ainsi que sur les conclusions philosophiques que tirent certains d’entre eux, assez nombreux, de leur travail scientifique.
Le vivant
La vie. Agrégation externe 2027, Le vivantLe vivant ne manque pas de retenir le philosophe, parce qu’il se trouve, avec lui, en présence de ce qui n’est ni un objet (un en soi, caractérisé par un « partes extra partes ») ni un sujet (le pour soi). Il se situe entre les deux ; la matérialité ou la simple spatialité est […]
Qu’est-ce qu’un être vivant?
La vie. Agrégation externe 2027, Le vivantLa question « qu’est-ce qu’un être vivant ? » est apparemment une question de biologie. En quoi concerne-t-elle la philosophie et comment peut-on penser qu’un philosophe puisse légitimement y répondre ? En vérité, si l’on a pu, de mieux en mieux au fil de l’histoire, identifier ce qui forme les structures constitutives des vivants, leur mode de construction comme leur fonctionnement, ce qui demeure néanmoins, tout au long de cette histoire, c’est la question de l’interprétation de ces descriptions et du sens dont elles sont porteuses. Or dans le domaine de la vie, identifier une structure, révéler un mode de construction, qualifier un fonctionnement, c’est dire à quoi le vivant s’apparente : on va devoir dire si la nature vivante est une nature spontanée, artiste, si elle n’obéit au contraire qu’à une stricte mécanique logique dont les variations seraient soigneusement délimitées, si, encore, le vivant n’existe qu’au sein d’un monde où coexistent d’autres êtres, vivants ou non, et avec lequel il entre en débat. Mais dès lors, on le voit bien, ces questions révèlent que l’on est déjà d’un bout à l’autre dans la philosophie.
Vie et mort dans la Phénoménologie
Heidegger, L'existence, La vie. Agrégation externe 2027, PhénoménologieL’histoire de la phénoménologie possède – nous l’avons déjà écrit – sa logique et sa finalité : s’éloigner de Husserl . Presque tout phénoménologue part de Husserl, dont il reprend les concepts, la méthodologie descriptive, mais pour (presque) toujours rompre avec lui. La raison de cette démarcation à l’égard de son initiateur réside, pour la phénoménologie, dans un reproche radical : Husserl ne remplirait pas le programme qu’il s’était pourtant imposé. Le fondateur de la phénoménologie préconise de rompre avec les constructions métaphysiques pour saisir, dans l’immanence même de sa concrétude, l’expérience vécue la plus concrète. Il retombe cependant dans les travers de la métaphysique en instituant, à partir des Ideen I, un idéalisme transcendantal fondé sur un sujet absolu. Rien n’est plus métaphysique que le sujet. Se fonder sur lui ne peut qu’éloigner le penseur de la compréhension interne de l’expérience la plus originaire. Se fonder sur la subjectivité est une rupture avec la phénoménologie.
Dans la quiétude de Kreuznach: Marx lecteur des Principes de la philosophie du droit de Hegel
Hegel, L'Etat, Marx, Marx. Agrégation externe 2027Le texte que, faute d’en avoir le titre originel, à jamais perdu, nous appellerons manuscrit de Kreuznach relève incontestablement d’un paradoxe : ce qui se présente sous les auspices d’un exercice exégétique assez classique, rédigé dans la retraite d’un cabinet d’études, à savoir le commentaire paragraphe par paragraphe de la troisième partie, die Sittlichkeit, des Principes de la philosophie du droit de Hegel, constitue en fait le premier fruit d’une crise multiple, à la fois personnelle, sociale et politique, qui marque cette année 1843 en Allemagne. Il est donc nécessaire d’en dire quelques mots avant de procéder à l’étude du texte proprement dit. L’année qui précède la rédaction de ce manuscrit sonne en effet le glas des espoirs de réforme libérale que l’intelligentsia et l’opinion publique progressistes avaient placé en Frédéric Guillaume IV lors de son accession au trône prussien, en 1840.