Publications par Giassi Laurent

La négation chez Hegel

Dans un passage cĂ©lĂšbre de son David Hume (1787) Jacobi Ă©voque le souvenir que lui a laissĂ© la lecture de l’analyse kantienne de l’existence dans l’écrit prĂ©critique de 1763, L’unique fondement possible d’une dĂ©monstration de l’existence de Dieu. La dĂ©couverte de l’irrĂ©ductibilitĂ© de l’existence l’a ravi au point de lui donner de « violents battements de cƓur » comme Malebranche devant le TraitĂ© de l’homme de Descartes. Pour un penseur comme Jacobi faisant de l’existence l’objet d’une rĂ©vĂ©lation antĂ©rieure et supĂ©rieure Ă  toute conceptualisation, il fallait bien pour ainsi dire une rĂ©vĂ©lation personnelle susceptible de l’éclairer dans sa dĂ©marche philosophique. MĂȘme si Jacobi n’épargne pas ses critiques Ă  l’idĂ©alisme de Kant contraire Ă  la croyance en la rĂ©alitĂ© qu’implique une telle rĂ©vĂ©lation, le ton est donnĂ©. La positivitĂ© de l’existence devient un thĂšme omniprĂ©sent dans la sĂ©quence philosophique qui s’ouvre immĂ©diatement aprĂšs Kant et ce n’est pas le moindre des paradoxes que la montĂ©e en puissance de l’idĂ©alisme allemand s’accompagne d’une attention extrĂȘme Ă  l’existence dans son surgissement, aux structures eidĂ©tiques et ontologiques de la facticitĂ©. Quelques dĂ©cennies plus tard cette promesse de veiller Ă  la positivitĂ© de l’existence a Ă©tĂ© trahie : qu’il s’agisse de Schopenhauer, tordant le transcendantalisme kantien en confondant l’apparition et l’apparence (le monde phĂ©nomĂ©nal Ă©tant le voile de Maya) ou de Friedrich Schlegel, faisant du systĂšme hĂ©gĂ©lien une divinisation de l’esprit de nĂ©gation, c’est la part mĂ©phistophĂ©lique, nĂ©gatrice, qui semble l’avoir emportĂ© sur la part faustienne, affirmatrice, accueillante Ă  l’ĂȘtre. Certes les choses ne sont pas aussi tranchĂ©es : la plupart des critiques de Kant avaient dĂ©jĂ  soulignĂ© la dimension destructrice de la philosophie critique, travail de sape de la mĂ©taphysique traditionnelle, voire de la morale par son rationalisme radical et son apparent subjectivisme. Et Jacobi lui-mĂȘme ne manquera pas, comme on l’a dit, de faire chorus en faisant de l’idĂ©alisme un nihilisme qui s’ignore.

On se propose ici de montrer comment la sĂ©quence ouverte par Kant permet de comprendre cette caractĂ©ristique de la pensĂ©e idĂ©aliste qui pose l’ĂȘtre comme indĂ©pendant de la pensĂ©e (positivitĂ©) tout en donnant un nouveau sens Ă  la nĂ©gation qui n’est ni logique (contradiction) ni ontologique (le nĂ©ant).

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Remarques sur L’initiation à la vie bienheureuse de Fichte

Sans prĂ©tendre Ă  l’exhaustivitĂ© on propose ici de fournir ici un certain nombre d’élĂ©ments factuels et thĂ©oriques indispensables Ă  la comprĂ©hension des enjeux philosophiques de l’Anweisung zum seligen Leben (AZSL). Pour ce qui est des Ă©lĂ©ments factuels on rappellera briĂšvement le contexte dans lequel Fichte a tenu cette sĂ©rie de leçons ; pour ce qui est des Ă©lĂ©ments thĂ©oriques on situera ce texte de vulgarisation par rapport aux transformations internes de la W.L. dans le cadre d’une polĂ©mique avec la philosophie de l’identitĂ© de Schelling.

Par souci de simplification on procĂšdera en traitant trois thĂšmes qui permettent de comprendre l’ensemble des thĂšmes traitĂ©s dans l’AZSL: l’ontologie, la morale, la religion.

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La critique du formalisme kantien chez Hegel et Scheler

A plusieurs siĂšcles de distance il est frappant de voir deux penseurs, aussi Ă©loignĂ©s soient-ils par leur formation respective et leur trajectoire philosophique, recourir au mĂȘme champ sĂ©mantique pour dĂ©signer un obstacle qui obstrue le chemin de la pensĂ©e. Dans Foi et Savoir Hegel assimile l’idĂ©alisme transcendantal Ă  une opĂ©ration qui consiste Ă  vider de son sang la « statue » de l’objectivitĂ© de sorte qu’il ne reste plus qu’une « chose intermĂ©diaire entre forme et matiĂšre, odieuse Ă  regarder (
) » . Dans l’Observation prĂ©liminaire au Formalisme en Ethique Scheler affirme qu’il est urgent de dĂ©passer le « barrage constituĂ© par l’éthique kantienne » , de dĂ©barrasser la route philosophique de ce « colosse d’airain » que constitue l’éthique formelle kantienne. Dans un cas c’est la statue qui s’affaisse, dans l’autre c’est le colosse qui empĂȘche de passer mais Ă  chaque fois il y a un obstacle: les ruines d’une statue dĂ©truite ou bien la taille imposante du colosse. Si on approfondit les deux images dans un cas on a la statue de l’objectivitĂ© qui subit une hĂ©morragie puisque tout son sang, toute son animation lui viennent de la subjectivitĂ© transcendantale – la matiĂšre est pour ainsi dire informĂ©e de l’extĂ©rieur et sans cette forme elle se pulvĂ©rise. Dans le second cas le colosse domine et Ă©crase par sa prĂ©sence monolithique, comme la loi et la norme morales qui intimident le sujet et le soumettent Ă  leur tyrannie. On reconnaĂźt bien ici deux façons d’exprimer une mĂȘme hostilitĂ© de principe Ă  l’égard du formalisme kantien. Le propos qui suit a pour but de montrer les raisons d’une telle hostilitĂ© d’abord chez Hegel en partant de quelques moments choisis de son Ɠuvre, puis dans le Formalisme en Ă©thique de Scheler. Chez Hegel la critique du formalisme se fait par une subordination de la pensĂ©e d’entendement Ă  la raison spĂ©culative qui fait de la nĂ©gation ou de la diffĂ©rence un moment constitutif de l’identitĂ© abstraite, tant dans le domaine thĂ©orique que dans le domaine pratique. Dans son Ă©thique Scheler critique le formalisme, le lĂ©galisme, le normativisme kantien menaçant de virer au pharisaĂŻsme au nom de la phĂ©nomĂ©nologie qui dĂ©-couvre une nouvelle dimension entre l’a priori intellectuel et l’a posteriori, « l’intuitivisme Ă©motionnel », « l’apriorisme matĂ©rial ».

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L’animal dans la Philosophie de la nature de Hegel

Si on veut savoir ce que Hegel pense de l’animal il faut se rapporter Ă  la partie du systĂšme qui le concerne, la Physique organique de la Philosophie de la nature dans l’EncyclopĂ©die des sciences philosophiques. Si on part de la philosophie « appliquĂ©e », comme l’esthĂ©tique ou la philosophie de la religion, on risque de trouver certaines analyses qui ressemblent plus Ă  des jugements de valeur qu’à de vĂ©ritables propositions philosophiques sur l’animalitĂ©. Hegel en effet adopte souvent dans ses cours une dĂ©marche comparative pour distinguer l’animal et l’homme en tant qu’esprit, cette comparaison servant surtout Ă  faire ressortir la supĂ©rioritĂ© de l’esprit sur une existence encore naturelle. Par exemple dans les Cours d’esthĂ©tique on voit bien que dans son jugement sur l’art symbolique le mĂ©lange des formes humaines et animales lui apparaĂźt infĂ©rieur Ă  l’expression plastique du corps humain dans l’art classique (art grec). De mĂȘme que dans les Leçons sur la philosophie de la religion l’adoration de formes naturelles et d’ĂȘtres vivants dans la religion naturelle apparaĂźt comme une Ă©bauche de la religion vĂ©ritable oĂč l’esprit se rapporte Ă  l’Esprit. Cela ne suffit pas Ă  porter un verdict complĂštement nĂ©gatif sur la façon dont Hegel pense l’animal, malgrĂ© les remarques d’Elisabeth de Fontenay qui rattache Hegel Ă  la tradition rationaliste qui dĂ©considĂšre l’animalitĂ© en gĂ©nĂ©ral.

SystĂšme et expĂ©rience – La signification de l’expĂ©rience chez Kant, Fichte et Hegel

vignette-systeme-exp.gif Voir dans la philosophie classique allemande une pensĂ©e favorable Ă  l’expĂ©rience est assez paradoxal tant cette pĂ©riode, par la multiplicitĂ© de ses systĂšmes, semble marquĂ©e par un retour de la mĂ©taphysique, prĂ©lude Ă  son inĂ©vitable dĂ©composition et Ă  son remplacement par les sciences positives. Plus la raison pensante se pose comme nĂ©cessaire dans la connaissance du monde rĂ©el, moins elle accorderait d’intĂ©rĂȘt Ă  ce que l’expĂ©rience au sens empirique du terme apporte, et plus elle dĂ©montrerait par lĂ -mĂȘme son impuissance face Ă  la mĂ©thode expĂ©rimentale. En d’autres termes les penseurs du systĂšme, ceux qui ambitionnaient de remplacer l’amour du savoir par le SystĂšme, la philosophie par la Science, semblent les plus mal placĂ©s pour laisser Ă  l’expĂ©rience tous ses droits, en particulier celui de ne pas considĂ©rer trop vite que la connaissance humaine forme un tout. La perfection et la clĂŽture du systĂšme sur soi seraient ainsi en proportion inverse de sa capacitĂ© Ă  saisir le rĂ©el concret : plus le systĂšme est cohĂ©rent, moins il est capable de s’ouvrir sur le monde car le prix Ă  payer serait une rĂ©vision constante face Ă  la nouveautĂ©, l’imprĂ©visibilitĂ© du rĂ©el. Ce serait donc en sĂ©parant la science et l’idĂ©e philosophique de systĂšme, telle qu’elle a Ă©tĂ© Ă©laborĂ©e dans l’idĂ©alisme allemand, que l’on pourrait donner Ă  l’expĂ©rience sa signification propre. Historiquement c’est par la psychologie que s’est effectuĂ©e cette dissociation de l’idĂ©alisme comme le montrent les tentatives de Herbart, Beneke et enfin Dilthey. Si la psychologie forme un systĂšme, c’est parce qu’elle est mathĂ©matisable, ou bien parce qu’elle est rĂ©visable et conforme aux protocoles expĂ©rimentaux. Le philosophe ne peut plus concurrencer la science empirique en comblant les lacunes du savoir par l’arbitraire de sa pensĂ©e.

Psychologie, éclectisme et spiritualisme : Maine de Biran, Victor Cousin et Félix Ravaisson

vignette-couv-giassi-2.gifLe courant philosophique du spiritualisme a mauvaise rĂ©putation dans l’histoire de la philosophie. Les critiques parfois virulentes des auteurs du XIX° siĂšcle comme Broussais, Comte, Taine, les tenants de la psychologie scientifique comme Ribot inspirĂ©e de la mĂ©thode expĂ©rimentale sont responsables du lieu commun selon lequel le spiritualisme serait une philosophie verbale qui remplacerait l’étude du psychisme par une analyse scolastique de l’esprit en mystĂ©rieuses facultĂ©s. L’histoire du dĂ©veloppement de la psychologie en France montre d’ailleurs clairement que cette science positive s’est dĂ©veloppĂ©e en reniant ses origines philosophiques par une attaque en rĂšgle contre toute philosophie de l’esprit. Le matĂ©rialisme plus ou moins affichĂ© des psychologues, la naturalisation du psychisme laissaient peu de place Ă  l’idĂ©e d’une vie de l’esprit distincte de celle du corps. De ce point de vue le spiritualisme – ou plutĂŽt les auteurs de ce courant qui ont plus en commun leurs adversaires qu’une mĂ©thode et des rĂ©sultats – apparaĂźt comme un mouvement rĂ©trograde, un obstacle Ă  la naissance de la psychologie expĂ©rimentale.

C’est d’un autre point de vue qu’on Ă©tudie ici le spiritualisme en partant de trois auteurs qui illustrent les rapports complexes entre la psychologie et la physiologie (Biran), la psychologie et la philosophie (Cousin), enfin la psychologie et la mĂ©taphysique (Ravaisson) dans la France du XIXe siĂšcle. Ces auteurs français ont tentĂ© de redĂ©finir le domaine de la philosophie face aux sciences positives qui s’émancipaient d’elle et ont luttĂ© contre la rĂ©duction de l’esprit Ă  une chose relevant des lois de la nature matĂ©rielle.

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L’esprit selon Hegel

vignette-Couv-Esprit-Hegel-Laurent-Giassi.jpg Quand on traite de l’esprit chez Hegel, les voies d’approche sont multiples : historiquement c’est la rupture avec Schelling Ă  IĂ©na qui amĂšne Hegel Ă  complĂ©ter la Naturphilosophie schellingienne, transformĂ©e en philosophie de l’identitĂ©, par une philosophie de l’esprit. Du point de vue de la genĂšse du systĂšme hĂ©gĂ©lien, c’est la PhĂ©nomĂ©nologie de l’Esprit comme systĂšme et introduction au systĂšme qui donne une prĂ©sentation des diffĂ©rentes figures de l’Esprit, depuis la certitude sensible jusqu’à la Religion. Enfin lors de la constitution du systĂšme c’est dans le cadre d’une Philosophie de l’esprit, comme troisiĂšme partie de l’EncyclopĂ©die des sciences philosophiques que Hegel prĂ©sente l’esprit sous sa forme triadique –l’esprit subjectif, l’esprit objectif, l’esprit absolu. En laissant de cĂŽtĂ© les leçons relatives Ă  l’art, la religion ou l’histoire, oĂč les dĂ©veloppements sur l’essence de l’esprit ne manquent pas, on voit l’abondance des matĂ©riaux. A partir de lĂ  une double possibilitĂ© se prĂ©sente : une prĂ©sentation diachronique de la philosophie de l’esprit, de 1801 Ă  1827-1830, des premiĂšres Philosophies de l’esprit de IĂ©na jusqu’à la version finale de l’EncyclopĂ©die, ou une prĂ©sentation systĂ©matique, se limitant Ă  une Ɠuvre en particulier. Si on choisit la premiĂšre possibilitĂ©, l’entreprise serait trop vaste, obligeant Ă  de nombreux parallĂšles entre les Ɠuvres de la jeunesse et de la maturitĂ©. Cela donnerait peut-ĂȘtre l’impression d’une continuitĂ© discursive seulement interrompue par des alĂ©as extĂ©rieurs au systĂšme. Si on choisit la deuxiĂšme possibilitĂ© se pose alors la question du choix de l’Ɠuvre: entre les Philosophies de l’esprit de IĂ©na, la PhĂ©nomĂ©nologie et la Philosophie de l’Esprit de l’EncyclopĂ©die, laquelle choisir ? A l’époque oĂč on croyait voir dans l’Ɠuvre de 1807 l’opus hĂ©gĂ©lien par excellence, l’expression de la gĂ©nialitĂ© philosophique, on aurait fait de la PhĂ©nomĂ©nologie le seul point de dĂ©part valable pour une analyse de l’Esprit chez Hegel. On a depuis longtemps rejetĂ© le mythe d’une PhĂ©nomĂ©nologie prĂ©servĂ©e de l’ossification logique. Si on veut comprendre l’articulation de l’Esprit, c’est Ă  l’EncyclopĂ©die qu’il faut recourir car elle prĂ©sente la totalitĂ© du systĂšme, ce qui n’interdit pas de la complĂ©ter par d’autres Ɠuvres de Hegel si nĂ©cessaire.

On montrera tout d’abord la signification de l’esprit dans le cadre d’une philosophie spĂ©culative de l’esprit. Ce sera l’occasion de montrer qu’une telle philosophie s’oppose aussi bien Ă  la pneumatologie rationnelle de l’ancienne mĂ©taphysique qu’à ce que Fichte, aprĂšs Platner, appelait l’histoire pragmatique de l’esprit humain (1)

En intĂ©grant l’Anthropologie Ă  la doctrine de l’esprit subjectif Hegel admet une infrastructure naturelle de l’esprit tout en Ă©vitant la naturalisation de celui-ci. Quant Ă  la Psychologie elle est la discipline qui permet de voir Ă  l’Ɠuvre l’esprit subjectif dans son double mouvement d’intĂ©riorisation et d’extĂ©riorisation (2-8).

On indiquera enfin les consĂ©quences de l’intĂ©gration de l’esprit objectif et de l’esprit absolu dans une philosophie de l’esprit. Par lĂ  Hegel repousse les limites entre la psychologie vouĂ©e Ă  l’étude des phĂ©nomĂšnes du sens interne et les autres disciplines chargĂ©es d’étudier le sens des productions spirituelles par lesquelles l’humanitĂ© s’objective dans l’histoire (9). La dĂ©composition du systĂšme hĂ©gĂ©lien montre les difficultĂ©s qui surgissent dans l’interprĂ©tation de cette objectivation de l’esprit dans l’histoire et dans ses Ɠuvres, de Marx Ă  Dilthey (10).

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La philosophie de l’histoire selon Herder en 1774

vignette-philo-histoire.gif« Auch eine Philosophie der Geschichte zur Bildung der Mens-
chheit, Beytrag zu vielen Beyträgen des Jahrhunderts » : le titre de
l’Ɠuvre de Herder en 1774 se caractérise par une certaine redondance. « Auch… » encore une philosophie de l’histoire, comme si
au XVIIIème il n’y avait pas déjà pléthore de philosophèmes sur
l’histoire devenue un thème à la mode, en France, en Allemagne
ou en Angleterre. « Beytrag zu vielen Beyträgen » : cette contribution
à de nombreuses contributions existantes donne l’impression de
faire nombre avec elles, de se fondre dans la masse. Entre le titre et
le sous-titre Herder parle de la Bildung der Menschheit, expression
fondamentale qui sera au cƓur de la nouvelle anthropologie philo-
sophique au début du XIXe siècle en Allemagne. Ce concept de
Bildung est essentiel car il permet de comprendre, chez Herder, ce
qui explique le passage à une philosophie de l’histoire.

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Vie, Multitude, EvĂ©nement – Agamben, Negri, Badiou

vignette-vie-multitude.gif Si on a choisi ici la sĂ©rie conceptuelle vie-multitude-Ă©vĂ©nement pour parler de la pensĂ©e du politique aujourd’hui, c’est
parce que chacun de ces termes renvoie Ă  une tentative originale
pour refonder le politique aprÚs avoir déconstruit les présupposés
du libéralisme comme philosophie implicite des démocraties modernes.
Pourquoi choisir de parler d’auteurs comme Agamben,
Badiou ou Negri et non pas de Rawls, Gauchet, Manent lorsqu’on
veut parler philosophiquement de politique ? Indépendamment de
tout engagement partisan, il s’agit de voir ce qu’a de radical la pensĂ©e
de ces trois auteurs pour penser une nouvelle figure du politique
irréductible à ses définitions habituelles. Ce qui nous intéresse ici
c’est la critique illibĂ©rale du politique alors que des auteurs comme
Pierre Manent ou Marcel Gauchet permettraient de comprendre la portĂ©e d’une critique du politique au sein du libĂ©ralisme, c’est-Ă -dire
en acceptant les catégories de la démocratie représentative
comme forme politique irrécusable. On envisage ici un autre pan
de la pensĂ©e philosophique du politique : ce qu’on appellera la
pensée illibérale du politique plutÎt que la pensée antidémocratique
qui prĂȘterait le flanc Ă  la polĂ©mique plutĂŽt qu’à l’analyse. Depuis
Platon, la philosophie entretient des liens tumultueux avec la démocratie,
et si la disjonction du politique et de la philosophie n’est pas une simple sĂ©paration, plutĂŽt un dialogue difficile, la particularitĂ©
des trois penseurs est d’avoir pour point commun la critique
de la dĂ©mocratie et de l’Etat de droit. C’est aller Ă  contre-courant,
semble-t-il, que de s’en prendre à eux. De façon claire, leur objectif
n’est pas de consolider les dĂ©mocraties contemporaines en imaginant
des dispositifs réformistes destinés à corriger certains défauts,
à atténuer certains excÚs comme le font les « partis de gouvernement
» dans les Etats actuels – mais dire qu’ils sont antidĂ©mocrates
aurait ceci d’équivoque que l’antidĂ©mocratisme est un terme trop
vague pour restituer l’intĂ©rĂȘt de leur dĂ©marche. On parlera donc Ă 
leur sujet d’illibĂ©ralisme pour qualifier leur projet commun de dĂ©passement des modes de penser du libĂ©ralisme politique : la philosophie
des droits de l’homme et de l’Etat de droit,
l’institutionnalisation du libĂ©ralisme sous la forme de dispositifs
juridico-politiques destinés à faire prévaloir le droit comme systÚme
normatif, l’autorĂ©gulation des sociĂ©tĂ©s humaines par une extension
de la gouvernance – rien de tout cela ne permet selon ces
trois auteurs de donner une pensée exacte du politique, son état (ce
qu’il est) et son devenir.

Ce qui rassemble ces trois penseurs est une critique radicale,
souvent féroce, du libéralisme comme philosophie spontanée des
dĂ©mocraties occidentales au nom d’une autre pensĂ©e du politique.

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Individu et sujet dans la Logique de hegel

Quand on cherche Ă  penser l’individu, on peut ĂȘtre tentĂ© de suivre deux voies qui ne se recoupent pas forcĂ©ment : la subsomption de l’individu sous la catĂ©gorie du singulier ou bien sous la catĂ©gorie de sujet, au sens moderne du cogito ou du Ich denke. La premiĂšre subsomption ouvre la voie Ă  des recherches spĂ©cifiques portant sur le statut noĂ©tique, logique, Ă©pistĂ©mologique du singulier : qu’est-ce que le singulier ? Comment le dĂ©finir ? etc. La seconde subsomption nous renvoie Ă  une diversitĂ© d’approches, qu’il s’agisse d’une analyse socio-historique qui s’interroge sur la naissance de l’individualisme, de la formation historique des diffĂ©rents modes de subjectivation, ou encore de la formation de l’identitĂ© subjective comme identitĂ© narrative. Si on tient compte du fait historique selon lequel la question de l’individu a Ă©tĂ© avant tout une question portant sur l’individuation, on peut se demander si on n’a pas lĂ  un moyen de trouver un lien entre l’individu, le singulier et le sujet – sans s’en tenir Ă  l’habituelle association d’idĂ©es qui nous fait tenir ces termes pour Ă©quivalents.